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Dimanche 05 Août 2007
Dans la jungle de l'or
Par Frédéric FARINE, correspondant à Cayenne
Le Journal du Dimanche
Au coeur de la forêt guyanaise, une industrie florissante mais hors la loi: l'exploitation des mines d'or primaire. L'activité est légale, mais les exploitants sont loin, très loin de respecter les réglementations sanitaires et environnementales. Les autorités et les écologistes, qui ont peu tardé faute de moyens, tentent aujourd'hui de reprendre la situation en main.*
Les mines se situent dans la zone de projet de parc naturel. (CNRS) Etonnante Guyane... Dans ce département français niché entre Surinam et Brésil, aucune société productrice d'or, sur la cinquantaine de chantiers déclarés en activité, ne possède une autorisation d'exploiter une installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE), législation applicable depuis... 1977! "/Par le passé nous n'avions ni les moyens, ni le temps, ni les hommes pour aller à l'intérieur de laGuyane dépourvu d'axe routier. Ces cinq dernières années, on s'est d'abord occupé d'y régulariser les scieries ainsi que les distilleries des Antilles/", se défend Philippe Combe, patron de la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (Drire) des Antilles-Guyane. "/Aujourd'hui, on remet dans le droit chemin les grosses installations qui extraient l'or primaire. On verra ensuite pour les plus petites, qui exploitent l'or alluvionnaire./"
Ciblée par ce tour de vis, la société Auplata extrait depuis l'an dernier l'or primaire sur deux sites, à Saint-Elie et Yaou. Cotée à la Bourse de Paris depuis décembre, elle vient d'annoncer avoir réalisé "/7,9 millions d'euros de chiffre d'affaires à l'issue du premier semestre 2007, contre 2,2 millions un an plus tôt, soit une hausse de 266%/". En Guyane, la situation est moins reluisante: le 27 juin dernier, le préfet a en effet mis Auplata en demeure de respecter sous trois mois le Code de l'environnement ou de fermer sa mine de Yaou. "/Notre exploitation de Yaou continue comme celle de Saint-Elie. Nous sommes en discussion avec la Drire sur ces dossiers et ne nous considérons pas hors la loi/", rétorque Alain Michel, directeur des ressources humaines d'Auplata.
Les milieux aquatiques en aval privés d'eau
Le chantier de Yaou confine au cas d'école. Après y avoir érigé une usine de traitement gravimétrique du minerai sans permis de construire, Auplata a déposé le 24 octobre 2006 un dossier de demande d'autorisation ICPE. Mais sans attendre son instruction, qui impose notamment une enquête publique, la société s'est lancée dans la production d'or. Le 14 décembre, une inspection du service ICPE de la Drire (la première sur un site minier !) constate plusieurs infractions à Yaou: la société exploite des installations classées sans autorisation administrative, notamment "/une usine de traitements de minerais aurifères, des parcs à résidus, des stockages de gasoil/".
Cinq jours plus tard, toujours à Yaou, un contrôle de la DAF (Directionde l'agriculture et de la forêt), chargée de la police de l'eau, établit un rapport édifiant: "/Il n'y a aucun bassin de décantation à l'aval des zones d'extraction et les eaux de ruissellement rejoignent directement le parc à résidus/", pointe la DAF, qui fustige la "/construction sans autorisation d'un second parc à résidus à l'extérieur du périmètre du permis d'exploitation/" et note que "/le bassin de stockage d'eau a été installé sur la totalité du lit majeur de la crique (rivière) Yaou sans dérivation du cours d'eau/". Ou encore: "/Depuis août 2006, l'exploitant prélève la totalité du débit de la crique: les milieux aquatiques en aval se trouvent privés d'eau./" Le 15 janvier 2007, la Drire informe Auplata que son dossier de demande d'autorisation ICPE est "/irrecevable, incomplet et irrégulier/".
Entre-temps, le service ICPE inspecte le 8 mars 2007 trois autres chantiers d'extraction d'or primaire: l'autre site d'Auplata, à Saint-Elie, et ceux des sociétés CME et SMSE à Apatou et Saint-Elie. L'inspection constate des manquements identiques à la législation et transmet au parquet trois PV d'infraction. Le 19 juillet dernier, le préfet notifie à SMSE, CME et Auplata une liste d'analyses des rejets de leurs mines à effectuer. "/Il n'y a pas de laboratoire agréé en Guyane. Il faut trouver un juste milieu entre les règles les plus strictes et les difficultés d'accès à un site isolé en forêt guyanaise/", peste Carol Ostorero, présidente de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (FedomG) et directrice de la SMSE. Les trois sociétés vont aussi être mises en demeure de déposer un dossier ICPE.
Il est urgent de fermer les mines
Longtemps muets sur cette affaire, les écologistes reconnaissent "/être passés à côté. Nous n'avions ni spécialistes, ni juristes, ni les finances pour creuser/", se défend Philippe Ménard, porte-parole des Verts de Guyane, lesquels dans un communiqué ont estimé mercredi qu'"/il est urgent de fermer les mines qui refusent de se soumettre à la réglementation [...] alors que la protection de l'eau en Guyane, la défense de la biodiversité seront au centre du Grenelle de l'environnement/".
La société CME exploite l'or à Apatou depuis 1994, la SMSE à Saint-Elie depuis 2005. Fabien Reynaud, 35 ans, directeur de la Compagnie Minière Boulanger n'a, lui, encore jamais reçu d'inspection ICPE de la Drire en dix ans d'exploitation de l'or alluvionnaire sur ses concessions, situées à 50 km de Cayenne... par la route: "/Je suis hors la loi administrativement mais sur le terrain je peux très bien être dans les clous/, affirme-t-il. /J'ai déjà reçu quarante visites: ONF, Sécu, Drire, Direction de la santé, médecine du travail... et je me conforme à leurs préconisations. Depuis 2000, j'exploite sur site un atelier de fonte de métal qui produit des lingots et relève d'une demande d'autorisation ICPE que je vais déposer à la rentrée. Et puis il faut se replacer dix-douze ans en arrière: en 1996, il y avait un seul ingénieur à la Drire pour s'occuper des mines. Si le ministère octroyait vingt ingénieurs, les contrôles seraient plus efficaces. L'hélico de gendarmerie promis pour 2003 par Sarkozy n'est toujours pas là, alors.../"
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