Questions autour de l’exploitation de Mounana (www.afriquecentrale.info, le 05/04/2007)
Areva, au cœur d'un scandale (www.journaldel'environnement.net, le 05/04/2007)
Nucléaire : l'exploitation très critiquée de deux mines d'uranium d'Areva (Le Monde, le 05/04/07)
Areva est accusée de contaminer l'eau potable d'Arlit, au Niger (Le Monde, le 25/04/05)
Areva, miné par un nouveau bilan de santé (Libération, le 05/04/07)
Areva accusé de mettre en danger salariés et riverains, au Niger et au Gabon (www.novethic.fr, le 05/04/07)
Contamination à l’uranium au Niger et au Gabon : Areva accusée (www.temoust.org, le 05/04/07)
Questions autour de l’exploitation de Mounana
http://www.afriquecentrale.info | 05.04.07 |
Des associations dénoncent une "négligence fautive" dans la gestion, par une filiale d'Areva, de la mine d'uranium de Mounana (Gabon) et demandent au groupe nucléaire français de "prendre ses responsabilités" environnementales et sanitaires au Gabon et au Niger.
Dans un rapport d'enquête rendu public mercredi à Paris lors d'une conférence de presse, l'association de juristes Sherpa, en coopération avec la CRIIRAD, Médecins du Monde et les associations d'anciens travailleurs gabonais et expatriés du site pointe "l'existence d'un risque connu", "l'absence coupable d'information sur ces risques", et "le maintien volontaire dans l'ignorance".
L'enquête, similaire à celle menée à Arlit (Niger) en 2005, est notamment basée sur des questionnaires distribués à 17 anciens expatriés et à 481 anciens salariés gabonais de ce site exploité de 1960 à 1999, dans la région du Haut-Ogooue (sud-est du Gabon).
Les résultats montrent "une sous-estimation généralisée des risques sanitaires et environnementaux liés à l'activité de la Comuf (filiale de la Cogema devenue Areva) qui relève de la négligence fautive", estime le rapport, tandis qu'Areva assure n'avoir "rien à cacher" et propose la création d'"observatoires de la santé" autour des sites.
"Dans cette mine, même les expatriés descendaient en short, sans masque, sans casque", affirme Michel Brugière, directeur général de MDM.
Sur les 17 expatriés, 11 font état de cancers attestés par un médecin de MDM, dont quatre sont décédés.
Parmi les travailleurs gabonais, 243 (soit 50,5%) disent souffrir de problèmes pulmonaires, certains avec des pathologies associées (dermatologiques, ophtalmologiques ou cardiovasculaires).
"Employés et population ont été exposés parfois pendant plus de 20 ans à de la radioactivité dans l'air (poussières radioactives ou gaz radon), à l'extérieur ou dans des bâtiments construits avec des résidus radioactifs (habitations, maternité, école, marché couvert), ou encore par ingestion" (d'aliments contaminés), a expliqué à l'AFP Bruno Chareyron de la CRIIRAD.
"Nous avons bien enregistré les inquiétudes des travailleurs et proposé l'idée novatrice d'observatoires de la santé, sous l'égide des autorités nationales, avec la participation d'organismes scientifiques et d'ONG", a déclaré mercredi Yves Dufour, directeur des actions de solidarité et de développement dans les territoires (Activité minière, Areva).
Selon les associations, la très grande majorité des travailleurs gabonais et expatriés interrogés ont dit n'avoir jamais été informés des risques.
Durant la période d'exploitation du site, les employés gabonais bénéficiaient d'un suivi médical dans un "hôpital Comuf" mais depuis sa fermeture, ils doivent payer soins et médicaments, la plupart n'en n'ayant pas les moyens.
"Certaines pathologies peuvent se déclarer des dizaines d'années après l'exposition. Il faut que ces gens soient suivis et indemnisés", insiste le Dr Brugière.
Jean-Pierre Getti, de Sherpa, affirme que des poursuites sont envisageables notamment au pénal pour "blessures et homicides involontaires" et "mise en danger de la vie d'autrui".
Sur le plan environnemental, dans les années 60-70, "des millions de tonnes de résidus d'extraction d'uranium (boues radioactives) étaient simplement versés dans la rivière, souligne M. Chareyron. Ces déchets sont radioactifs de façon quasi éternelle" (75.000 ans).
Des mesures de contrôles (personnes et sites) avaient bien lieu mais les résultats n'ont jamais été rendus publics.
Les associations demandent "un état des lieux complet et indépendant" y compris après le "réaménagement" du site, financé par l'Union européenne.
La mine d'uranium de Mounana
L'exploitation de la mine d'uranium de Mounana (sud-est du Gabon) par une filiale du groupe nucléaire français Areva, qui fait l'objet mercredi d'un rapport critique d'associations sur ses conséquences sanitaires et environnementales, a débuté en 1958 et s'est achevée en juin 1999.
Le gisement de Mounana, situé dans la région du Haut-Ogooue, à 90 km de Franceville et 500 km de Libreville, a été découvert le 21 décembre 1956 par les géologues du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA).
Le 21 février 1958, le CEA et un groupement de sociétés minières créent la Compagnie des Mines d'Uranium de Franceville (Comuf) pour entreprendre les travaux de recherches.
La mise en exploitation débute en décembre 1958 et deux ans plus tard, une usine, des logements et des bureaux sont réalisés dans des conditions extrêmement difficiles en raison de l'absence totale d'infrastructures routières ou ferroviaires.
A partir de 1961, la production industrielle se développe avec la carrière de Mounana, puis la mine souterraine (1965-1971), le gisement d'Oklo (1968), celui de Boyindzi (fin 1980).
L'exploitation a été définitivement arrêtée en juin 1999, faute de réserves économiquement exploitables.
Les principaux actionnaires étaient l'Etat gabonais, la Compagnie de Mokta et la Cogema (devenue depuis Areva).
Selon Areva, de 1960 à 1999, la Comuf a produit au total plus de 26.000 tonnes d'uranium. Quelque 6.600.000 tonnes de minerai avec une teneur de 0,38% d'uranium ont été extraites et l'usine a eu une capacité de traitement de 1.500 tonnes/an d'uranium métal.
Selon les documents de la Comuf, à partir de septembre 1977, les concentrés d'uranium ont été produits sous forme d'uranate de magnésie à 75 % d'uranium, du fait de la mise en service d'un atelier de purification par solvants.
La production d'uranium a généré environ 7,5 millions de tonnes de résidus de traitement entre 1961 et 1999.
La fermeture de la mine d'uranium a, selon Areva, "donné lieu au premier réaménagement en forêt équatoriale conforme aux standards internationaux", une "qualité confirmée par quatre missions de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) effectuées de 2001 et 2006".
Devant l'inquiétude manifestée par certains anciens employés et par les populations locales, relayée par des associations, le groupe nucléaire a proposé la création d'un observatoire de la santé autour des sites miniers, notamment au Niger et au Gabon.
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Areva, au cœur d'un scandale
http://www.journaldelenvironnement.net/fr/ | 05.04.2007 |
Dans un rapport rendu public mercredi 4 avril, plusieurs associations dénoncent les négligences du groupe nucléaire français qui a exploité des mines d'uranium au Niger et au Gabon jusqu'en 1999. Plusieurs travailleurs seraient décédés de cancers suite à leur exposition au radon et à l'uranium.
En moins de quatre ans, Jacqueline Gaudet a perdu son mari, son père et sa mère, tous morts d'un cancer. Sa famille, expatriée en Afrique, a vécu et travaillé pendant des années sur le site de la mine d'uranium de Mounana au Gabon exploitée jusqu'en 1999 par la Comuf, une filiale du groupe nucléaire français Areva. En 2000, après le décès de son père d'un cancer dû au radon, elle avertit la Comuf qui refuse toute prise en charge. Par la suite, on lui fait savoir qu'elle n'est pas assurée pour les maladies professionnelles par la Caisse des Français de l'étranger mais par la Caisse gabonaise, dont elle n'a toujours pas de nouvelles.
L'histoire de Jacqueline Gaudet fait parti d'une dizaine de témoignages recueillis dans le cadre d'un rapport d'enquête rendu public mercredi 4 avril par l'association de juristes Sherpa, en coopération avec la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité (Criirad), Médecins du Monde et plusieurs associations. Selon l'enquête, 283 travailleurs du site de Mounana font actuellement état de problèmes pulmonaires, soit plus de 50% des salariés. Ce rapport qui fait suite à une enquête similaire menée en 2005 à Arlit, au Niger, dénonce «de graves manquements aux obligations élémentaires de l'entreprise en matière de formation et de prévention des risques propres à l'exploitation de l'uranium». Sont également pointés du doigt «l'existence d'un risque connu» et «le maintien volontaire dans l'ignorance des salariés».
Autre sujet d'inquiétude: la pollution de l'air, de l'eau et l'impact sur l'environnement de l'activité de ces mines. «Au Niger, soit Areva laissait sur place les résidus radioactifs, soit elle les entreposait à l'air libre dans le désert, à quelques kilomètres des villes et des nomades», a dénoncé Bruno Chareyron, responsable de laboratoire à la Criirad.
L'association Sherpa dit à présent disposer de tous les éléments nécessaires pour engager une action en justice contre Areva. «Areva enregistre les inquiétudes de la population et a toujours fait le nécessaire en terme de veille environnementale et sanitaire», répond pour l'instant l'intéressé. «Nous sommes en phase de démarrage des choses concrètes, explique Yves Dufour, directeur «action solidarité» chez Areva. Il convient de prouver scientifiquement si ces maladies sont dues à l'activité professionnelle, ce dont nous doutons». D'où cette proposition du groupe nucléaire, en date du 16 mars dernier, de créer un «observatoire de la santé» près des sites miniers. «Il faut à présent créer un fonds d'indemnisation qui prenne en charge les victimes», commente Michel Brugière, directeur général de Médecins du Monde. Une idée «prématurée», juge Areva.
«Nous étions tellement inconscients des risques que nous fumions et mangions sur le lieu de travail. Comme nous ne portions jamais de gants de protection, on ingérait et on inhalait ce qui se trouvait sur nos mains et dans l’air ambiant», rapporte un ancien salarié du site, cité dans le rapport. «Vu le niveau de scolarisation des salariés, il était impossible d'appliquer le même mécanisme de formation aux salariés au Niger et au Gabon qu'au Canada ou en Europe, commente Yves Dufour. C'était aux médecins du travail de prévenir les salariés du risque et non à Areva. Malheureusement, la formation du personnel a débuté juste avant que la mine de Mounana ferme ses portes dans les années 1990. Nous ignorions nous même auparavant, vu l'état des recherches, le risque lié à cette activité.»
Le rapport ne fait pas état d'un nombre exact de décès pendant et après l’activité professionnelle. Il précise néanmoins: «Le travail au contact de ces matières radioactives sans masque, sans gants, sans information sur les risques et sans précautions élémentaires conduit à des risques de contamination très élevés». Réponse d'Areva: «les mesures techniques innovantes permettait de faire baisser les taux de radon dans les mines, rendant non nécessaire le port d'habits de protection».
Sceptique, l'avocat et président de Sherpa, William Bourdon prévient: «Il ne serait pas digne pour Areva d'avancer les mêmes arguments que les industriels lors du scandale de l'amiante il y a 30 ans».
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Nucléaire : l'exploitation très critiquée de deux mines d'uranium d'Areva
LE MONDE | 05.04.07 |
Désastre sanitaire et environnemental." "Graves manquements aux obligations élémentaires de l'entreprise." "Sérieux problèmes de santé." Le comportement du groupe nucléaire français Areva a fait l'objet d'accusations graves, mercredi 4 avril, lors d'une conférence de presse organisée à Paris par Sherpa, une association internationale de juristes, et d'autres ONG. L'affaire concerne l'exploitation de mines d'uranium au Niger et au Gabon, et ses conséquences sanitaires (inhalation de particules ou de gaz radioactifs) et environnementales (déversement de boues radioactives dans la nature).
Au Gabon, où une filiale d'Areva a exploité jusqu'à sa fermeture en 1999 la mine de Mounana, le personnel "a supporté une exposition disproportionnée en toute connaissance de cause de la part de l'entreprise", affirme le rapport d'enquête rendu public mercredi par Sherpa. Ce document a été réalisé avec le concours de Médecins du monde et la Commission de recherche et d'information indépendante sur la radioactivité.
Sur la base d'une centaine d'entretiens réalisés sur place et de près de 500 réponses à des questionnaires écrits, le texte conclut que "personne parmi le personnel n'était véritablement informé des risques liés à (l')activité minière". Une "culture du secret (a été) développée par Areva", ajoute le rapport.
Le constat n'est guère différent à la mine d'Arlit, au Niger - toujours en exploitation -, sur laquelle pèserait "un climat d'omerta et de crainte". "Les mesures de protection n'ont pas été à la hauteur des risques importants encourus par les travailleurs", dit l'enquête publiée mercredi. Ses auteurs ajoutent que les deux filiales d'Areva au Niger "le savent et se sont efforcées de faire en sorte que ne puisse, en aucun cas, être établi un quelconque lien entre le défaut de protection et l'apparition de certaines pathologies".
PRENDRE SES RESPONSABILITÉS
"L'état-major d'Areva doit prendre ses responsabilités", a conclu le président de Sherpa, William Bourdon. Des actions judiciaires sont à l'étude et, pour éviter qu'elles se concrétisent, l'association a invité Areva à "indemniser intégralement" les personnes victimes d'un préjudice.
Dans un communiqué publié à l'issue de la conférence de presse, Areva a rappelé avoir entrepris des démarches pour créer un observatoire de la santé autour de ses mines, "notamment en Afrique". Le groupe a souligné que le site gabonais avait fait l'objet d'un réaménagement "conforme aux standards internationaux" et qu'une "veille sanitaire" y était prévue.
Jean-Pierre Tuquoi
Article paru dans l'édition du 06.04.07
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Areva est accusée de contaminer l'eau potable d'Arlit, au Niger
LE MONDE | 25.04.05 |
L'entreprise nucléaire française Areva ne respecterait pas, dans ses mines d'uranium au Niger, les normes sanitaires qu'impose en France la réglementation : c'est ce que devaient annoncer, lundi 25 avril, en s'appuyant sur des documents de sous-traitants de l'entreprise obtenus par une équipe de la chaîne de télévision Canal+, les associations Sherpa et CRII-Rad (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité).
Cette accusation intervient alors qu'une polémique se poursuit depuis plus d'un an sur le comportement d'Areva, qui contrôle, par le biais de sa filiale Cogema, deux entreprises d'extraction de l'uranium dans le nord du Niger, la Somaïr et la Cominak. Lancée par une association locale, Aghir In'Man, elle met en cause le respect par Areva des normes de protection contre la radioactivité pour les travailleurs et la population de la ville (Le Monde daté 17-18 avril).
Sherpa et la CRII-Rad ont analysé des échantillons d'eau et constaté que les indices de deux types de radioactivité, alpha et bêta, dépassent les normes de l'Organisation mondiale de la santé. Selon la réglementation française, dans une telle situation la "dose totale indicative" (DTI, dose absorbée par les consommateurs d'eau) doit être inférieure à 100 microsieverts par an. Selon la CRII-Rad, la charge radioactive des eaux analysées "conduit à un dépassement des normes de potabilité internationales".
Cette information est confirmée par des lettres écrites à la Somaïr par le laboratoire d'analyse de l'eau utilisée par la Somaïr, Algade, filiale de la Cogema jusqu'en 2001. Dans ces lettres, parvenues à Canal+ qui les présentera lundi dans son émission "90 minutes", le chef du département radioprotection d'Algade, Sylvain Bernhard, écrit le 10 septembre 2004 que "les critères de potabilité des eaux retenus par la directive européenne du 3 novembre 1998 et repris dans la réglementation française (décret nº 2001-1220) ne sont pas respectés par les deux échantillons prélevés en surpression 2 et ZI". 2 et ZI désignent deux châteaux d'eau des villes minières.
RÉSULTATS CONFIRMÉS
Une lettre précédente de M. Bernhard, datée du 12 février 2004, notait déjà le dépassement, précisant que "les résultats du 2e semestre -2003- confirment les résultats du 1er semestre", ce qui indique que la contamination est pérenne. La lettre ajoute que, "pour la station Surpression ZI, les eaux ne respecteraient pas le critère de potabilité préconisé par la directive européenne et la réglementation française". Ces documents contredisent un dossier de presse d'Areva qui, en février, affirmait que les analyses de l'eau "montrent une absence de contamination". La firme a par ailleurs commandité une étude à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Publiée le 15 avril, cette étude indique à propos de l'eau que les analyses "mettent en évidence des concentrations supérieures en certains points de mesure".
Hervé Kempf
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Areva, miné par un nouveau bilan de santé
http://www.liberation.fr/actualite/economie/245623.FR.php | 05.04.07 |
Des associations accusent le groupe nucléaire français de ne pas avoir informé d'anciens travailleurs de son site d'uranium au Gabon des risques sanitaires.
Areva pensait peut-être en avoir fini avec ces maudites ONG. Et plus particulièrement l'association de juristes internationaux Sherpa. Le groupe nucléaire français avait tant bien que mal réussi à éteindre le feu médiatique allumé par Sherpa en 2005 sur les conditions sanitaires d'exploitation de sa mine d'uranium d'Arlit au Niger ( Libération du 9 mars 2005). Après la menace d'une attaque en justice (abandonnée), la polémique était retombée. Elle est revenue hier par la fenêtre de la mine d'uranium de Mounana au Gabon obligeant Areva à de grotesques contorsions.
Pathologies. Hier à Paris, l'association Sherpa, en coopération avec la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) et Médecins du monde, était accompagnée d'anciens travailleurs gabonais et expatriés du site. Ils venaient dénoncer l' «existence d'un risque sanitaire connu», l' «absence coupable d'information sur ces risques», et le «maintien volontaire dans l'ignorance», de la plupart des salariés du site gabonais. L'enquête est basée sur des questionnaires distribués à 17 anciens expatriés et à 481 ex-salariés du site, exploité de 1960 à 1999. Parmi les travailleurs gabonais, 243 (soit 50,5 %) disent souffrir de problèmes pulmonaires, certains avec des pathologies associées (cardio-vasculaires, dermatologiques). «Contrairement à notre enquête sur Arlit, se félicite Yann Kueinnec, de Sherpa, nous avons obtenu le concours de Médecins du monde, ce qui nous donne plus de poids.»
Menace. Pour Michel Brugière, directeur général de MDM, «le plus choquant c'est que l'hôpital de Mounana, qui vivait totalement sous la dépendance d'Areva, n'avait jamais été formé aux maladies pulmonaires liées au métier de l'uranium. Et donc ne faisait aucun travail de prévention et de suivi». Aussi Sherpa agite à nouveau la menace d'une attaque en justice si Areva refuse la création d'un fond d'indemnisation aux anciens travailleurs de ses mines.
Hier Yves Dufour, le porte-parole d'Areva jugeait cette proposition «prématurée». Et mettait en avant la création ¬ annoncée comme par hasard il y a une quinzaine de jours ¬ d'observatoires de la santé autour de tous ses sites d'extraction de l'uranium. «Ces structures pourront d'ailleurs être ouvertes à des ONG comme Médecins du monde», rajoute Dufour. Une annonce qui a le don d'agacer Sherpa. «Areva ne bouge que quand on se met à parler», se lamente Kueinnec. Encore plus drôle, Areva assurait hier que l'étude indépendante promise en 2005 sur l'état de son hôpital nigérien était d'ores et déjà disponible sur son site. Avant de reconnaître que «pour des raisons techniques», sa lecture, était impossible
Par Grégoire BISEAU
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Areva accusé de mettre en danger salariés et riverains, au Niger et au Gabon
http://www.novethic.fr | 05.04.07 |
L'association Sherpa, en collaboration avec Médecins du Monde, la CRIIRAD et les employés d'Areva au Gabon et au Niger, ont rendu public les résultats de leur enquête conduite dans les mines d'uranium du groupe. Dans ces deux pays, ils accusent les dirigeants d'Areva d'avoir négligé les conséquences sanitaires et environnementales de leurs activités. Une plainte pour mise en danger d'autrui, homicides involontaires et faute inexcusable pourrait être déposée contre l'industriel.
Au Niger comme au Gabon, le bilan humain et environnemental des mines d'uranium exploitées par Areva est très sévère, selon les conclusions de la mission effectuée sur place par Sherpa, Médecins du Monde et la CRII-RAD. " Dans les deux cas, Areva cultive la même opacité ", souligne d'emblée Jean-Pierre Getti, président de Cour d'assises à Paris et vice-président de Sherpa. Le manque d'information a conduit les trois associations à se rendre dans les deux pays, où elles ont pu évaluer la situation. Tout d'abord, les tests effectués par la CRIIRAD sur la radioactivité au Niger et au Gabon révèlent des taux d'exposition des employés 40 fois supérieurs aux normes fixées par l'OMS. Par ailleurs, l'enquête révèle que la protection des travailleurs n'était pas correctement assurée. " Ils étaient exposés à des poussières radiotoxiques sans port de masque ni équipement de sécurité ", explique Jean-Pierre Getti. Aucune information ni formation n'était délivrée". "Ils n'étaient même pas informés des risques qu'ils encourraient ", confirme Almoustapha Alhacen, président de l'association AGHIR N' MAN (association nigérienne de protection de l'environnement). Autre point noir de cette enquête, l'absence de surveillance médicale des employés de la mine, et des sous-traitants, qui n'ont jamais pu bénéficier des traitements adaptés. " Areva a certes ouvert un hôpital, mais ses services étaient un trompe l'œil. Ils n'avaient ni les compétences ni les moyens pour traiter les pathologies dues à l'exposition à l'uranium ", observe Michel Brugière, directeur général de Médecins du Monde. Conséquence : la reconnaissance comme maladie professionnelle de nombreux cancers n'a jamais été effectuée. Et il y a pire. Selon le témoignage apporté par Jacqueline Gaudet, présidente de Mounana (association des anciens travailleurs expatriés du site de Mounana au Gabon), les expatriés venus travailler pour Areva dépendent de la caisse de sécurité sociale gabonaise et n'ont aucun droit en France s'agissant des maladies professionnelles. " J'ai perdu plusieurs membres de ma famille qui ont développé des cancers pulmonaires. Ils n'ont jamais été reconnus et Areva reste muette malgré mes requêtes " explique Jacqueline Gaudet. Il est facile pour Areva de dire qu'il n'y a pas de maladies professionnelles puisqu'on ne parvient pas à les faire reconnaître. Mais c'est Areva qui nous a envoyé au Gabon et c'est à la France de reconnaître ces maladies, non à l'état gabonais ". Enfin, depuis que la mine a fermé, l'hôpital construit par Areva fait désormais payer les frais médicaux de ses anciens employés contaminés, alors que ce type de maladies ne se déclare souvent que plusieurs années après la contamination. Les ONG reprochent également à Areva de rester muette sur la contamination de l'eau au Niger, qui continue aujourd'hui à être distribuée à la population, malgré les résultats alarmants des tests de la CRIIRAD. De même, Almoustapha Alhacen rapporte qu'au Niger, " Areva n'a toujours pas pris les mesures de sécurité et de protection nécessaires dans la mine d'Arlitt ". De son côté, Areva fait valoir que ses sites bénéficient de la certification environnementale ISO 14 001. Mais pour la CRIIRAD, les certifications ISO 14 001 " cachent une réalité qui est loin de correspondre à des pratiques réellement respectueuses de l'environnement et de la santé des salariés et des populations. "
Dépôt d'une plainte?
A ces risques de contamination internes s'ajoutent également des risques externes pesant sur la population locale, à travers le stockage non sécurisé des déchets, et surtout, le déversement de plus de 2 millions de tonnes de résidus radioactifs dans une rivière entre 1961 et 1975. Enfin, certains bâtiments publics (écoles, hôpital...) ont été construits à Mounana avec des matériaux radioactifs. Ils ont du être détruits par la suite. " Au Niger les problèmes sanitaires et environnementaux sont identiques", explique Jean-Pierre Getti. L'entreprise avait connaissance de ces risques mais ne les a jamais évalués. Elle a même maintenu volontairement les employés et la population dans l'ignorance. Sa responsabilité est donc engagée, au pénal pour mise en danger d'autrui, et au civil pour faute inexcusable ".
Pour William Bourdon, président de Sherpa, " tous les éléments sont aujourd'hui réunis pour le dépôt d'une plainte. Nous prenons acte de la création d'un observatoire de la santé annoncé par Areva autour de ses sites miniers, mais cette initiative reste insuffisante. Cet observatoire devra être indépendant et nous communiquer ses résultats. Nous demandons également que le groupe prenne en charge les soins médicaux et indemnise les familles des employés décédés. Un fond d'indemnisation doit être crée ".
Le groupe Areva a réagi, à la conférence de presse organisée par Sherpa, en rappelant " les mesures prises en matière de suivi médical et sanitaire dans les pays où le groupe opère des sites miniers. Les actions récentes menées en faveur de la création d'un observatoire de la santé témoignent de l'engagement d'AREVA dans ce domaine "indique le groupe. " Pour répondre aux attentes des populations et des parties prenantes, le groupe souhaite étendre cette veille sanitaire à l'ensemble des mines qu'il opère dans le monde, notamment au Niger, au Canada et au Kazakhstan. Le communiqué ajoute : AREVA propose dans chacun de ces pays la création d'un observatoire sous l'égide des autorités nationales, avec la participation d'organismes scientifiques et d'ONG. Cet observatoire inclura notamment un suivi médical des anciens collaborateurs du groupe".
Conscientes qu'elles s'attaquent à un " fleuron de l'industrie française " qui pèse en outre très lourd dans le PNB gabonais, les ONG veulent prendre la responsabilité sociale affichée par le groupe au pied de la lettre. " C'est un levier pour avoir un dialogue avec Areva " espère William Bourdon.
Véronique Smée
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Contamination à l’uranium au Niger et au Gabon : Areva accusée
http://www.temoust.org | 05.04.07 |
« On voyait nos camarades mourir sans comprendre pourquoi »
Scientifiques, juristes, médecins et victimes ont dressé mercredi un réquisitoire accablant sur les activités d’exploitation d’uranium de la société française Areva au Niger et au Gabon. Jugée opaque dans la gestion de l’information, l’ex Cogema est accusée d’avoir sciemment laissé ses employés et les habitants des zones minières qu’elle exploite exposés à d’importants taux de contamination radiologiques.
Mercredi, les juristes, les scientifiques, les médecins (Médecins du monde) et les représentants des associations de victimes des mines d’Arlit et de Mounana, au Gabon, fermée depuis 1999, ont présenté les conclusions de trois ans d’enquêtes à Paris. « Nous avons de très sérieuses raisons de penser que des Africains et des expatriés français ont contracté des maladies seulement en raison des manquements d’Areva » en matière de protection de la santé et de l’environnement, a expliqué William Bourdon, le président et fondateur de l’association Sherpa.
Le chanteur nigérien Abdallah Oumbadougou avait expliqué en novembre dernier à Afrik, lors d’une interview, qu’il envisageait de quitter sa ville natale, Arlit, à 250 Km au nord d’Agadez, parce qu’il craignait pour la santé de sa famille. Guizmo, son partenaire musical français dans le collectif Désert Rebel, lui avait parlé d’un reportage selon lequel l’exploitation des mines d’uranium d’Arlit par Areva (ex Cogema) serait à l’origine d’une pollution de l’eau potable et de nombreux décès dans la région.
Diffusé sur la chaîne privée Canal +, en 2004, il montrait l’association de juristes internationaux Sherpa et l’équipe de scientifiques de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) lors de leur première mission, en 2003, sur la situation des travailleurs de l’ex-Cogema à Arlit. Une ville bâtie en plein désert, dans les années 1970, pour les besoins de l’exploitation du précieux minerai, et qui atteint aujourd’hui 70 000 habitants.
Les résidus radioactifs « exposés à tous les vents »
Selon les associations accusatrices rasemblées mercredi à Paris, Areva et ses filiales Somaïr et Cominak au Niger, la Comuf au Gabon ont volontairement maintenu leurs employés dans la méconnaissance des risques qu’ils encouraient à travailler dans les mines. « Ce n’est qu’en 1986 qu’il y a eu une timide sensibilisation », a expliqué Almoustapha Alhacen, ouvrier dans les mines d’Arlit et président de l’association nigérienne de protection de l’environnement Aghir N’Man. Fondée en 2000, c’est elle qui a sollicité la Criirad en 2003 pour évaluer la situation radiologique sur le terrain. « On voyait nos camarades mourir sans comprendre pourquoi », se souvient-t-il.
Après avoir échoué à faire interdire la mission exploratoire à Arlit, le directeur de la Cominak va parvenir à faire confisquer le matériel de mesure des scientifiques à la douane de Niamey, selon le rapport des associations. Ces derniers parviendront néanmoins à conserver des instruments dont les relevés seront sans appel : « Le taux de contamination de l’eau distribuée à la consommation dépasse largement les normes de l’OMS », assure Bruno Chareyron, responsable de la Criirad. Le laboratoire scientifique a également mesuré des pièces de ferrailles fortement contaminées sur le marché de la ville et constaté que les résidus radioactifs (500 0000 Becquerels par kilogrammes) étaient entreposés à l’air libre, « exposés à tous les ruissellements et tous les vents ».
Areva n’a pas de maladies professionnelles
Areva a répondu aux contrôles de la Criirad par des mesures effectuées par ses experts et selon lesquels il y a une absence de contamination de l’eau distribuée à Arlit, selon Bruno Chareyron, qui regrette cette stratégie de la négation pure. Le but d’Areva, accuse le rapport des associations, est de rendre impossible l’établissement d’un lien de causalité entre l’exposition au rayonnement et les maladies développées qui pourraient lui coûter cher. C’est pourquoi la société garde secret les rapports d’enquête qu’elle effectue, comme celui qu’elle a réalisé en 1986 à Mounana.
C’est dans cette ville que Jacqueline Gaudet a passée 15 ans de sa vie. En 2005, elle a créé Mounana, l’association des anciens travailleurs expatriés du site minier, « pour la simple et bonne raison qu’il y a trop de cancer chez les expatriés », a-t-elle expliqué mercredi. Elle-même a perdu successivement son mari, son père et sa mère d’un cancer en l’espace de 10 ans après être rentrée en France. Areva lui a expliqué n’être pas concernée par la maladie de son père, mort d’un cancer du poumon liée à une exposition au radon, car il était assuré pour cette maladie par la Caisse de sécurité sociale gabonaise. Quant aux dossiers médicaux, elle n’y a pas accès. Dans ces circonstances, « c’est facile pour Areva de dire qu’elle n’a pas de maladie professionnelle », se désole-t-elle.
« Le développement durable au cœur de la stratégie Areva »
Anticipant le battage médiatique préparé par les associations, Areva a annoncé le 16 mars dernier sa volonté de créer un « Observatoire de la santé autour de ses sites miniers ». « Une avancée positive à laquelle nous devons répondre avec toutes les précautions d’usage », estime le vice-président de Sherpa. Quant à Almoustapha Alhacen : « J’avoue que je n’ai pas confiance en eux car ils sont spécialistes en publicité », explique-t-il presque gêné.
Dans le communiqué annonçant sa proposition, Areva assure mettre « le développement durable au cœur de [sa] stratégie », de même qu’elle contribue à « répondre aux grands enjeux du XXIe siècle : la préservation de la planète et la responsabilité vis-à-vis des générations futures. » Sherpa, qui a déjà poussé Total à indemniser des ouvriers birmans, a prévenu qu’elle disposait de suffisamment d’éléments pour entamer « une ou des procédures » en justice « longues et complexes » en
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