Mobilisations des paysans à travers le Cameroun

Communiqué de presse 01/06/2016 – SYNERGIE NATIONALE DES PAYSANS ET RIVERAINS DU CAMEROUN

 

Pas de repos à la Socapalm tant que le dialogue ne sera pas ouvert avec les riverains.

Ce mercredi 1er juin, des centaines de villageois, homme, femmes et enfants, perturbent pacifiquement les activités de la Socapalm et Safacam, dans 5 plantations (Mbambou, Mbongo, Dibombari, Safacam, Kienké) pour interpeller les directions.

« Alors que les actionnaires de Socfin se partagent aujourd’hui leurs bénéfices, nous ne bénéficions toujours de rien
d’autre que de miettes dans nos villages, » déclare PFOUMA Pierre, du village Pongo. Equipés de lampes tempête à Mbambou pour exprimer le manque d’électrification, de bidons d’eau sale et de poissons morts à la Kienké pour illustrer la pollution des rivières, de bouteilles vides à Nseppe et Koungue pour demander l’accès à l’eau potable, ils sont nombreux rassemblés ce jour pour démontrer à la Socapalm la souffrance dans laquelle les populations se trouvent encore, malgré les promesses faites par le passé. A Dibombari, une marche pacifique a amené les riverains jusqu’à la Socapalm, puis ils se sont rassemblés au Lycée technique de Souza pour une causerie éducative sur des techniques environnementales, pour dénoncer les impacts de l’entreprise sur l’environnement.

La Socapalm a été créée en 1968 par le gouvernement Camerounais puis privatisée en 2000. « Avec l’arrivée de la plantation en 1968, des hectares de forêt ont été défrichés puis progressivement remplacés par des monocultures de
palmier à huile, réduisant d’autant les surfaces sylvicoles jusqu’alors utilisées par les populations locales pour leurs
activités de chasse et de collecte » expliquent plusieurs organisations dans un rapport d’enquête de 2010.

L’étude souligne également les milliers de terres arables soustraites aux populations locales. L’entreprise, privatisée, devait poursuivre des missions de service public notamment, en compensation de la perte de l’usage de terres et zones de pêche. Mais le sort des communautés n’a fait qu’empirer, notamment à cause de l’exploitation de zones de plus en plus grandes.

Malgré des bénéfices de près de 9 millions d’euros en 2015 pour la Socapalm, et 2,6 millions d’euros pour la Safacam, les populations locales ne bénéficient d’aucune retombée significative et trouvent bien lointaines les promesses de développement des villages qui avaient poussé leurs ancêtres à accepter si facilement l’implantation de ces plantations.

Au-delà de la protection d’un espace vital autour des villages et la rétrocession de certaines terres, les riverains revendiquent aujourd’hui leurs droits concernant le soutien au développement des plantations villageoises et un accès à l’emploi, ainsi que des infrastructures de services publics essentiels aux villages (cases de santé, écoles, accès à l’eau potable, entretien des routes, électrification pour certains villages,…).
Les populations riveraines de ces plantations, faute de voir arriver dans leur villages des externalités positives à l’exploitation des terres par la Socapalm et la Safacam, et à force d’en subir les impacts négatifs (pollution des rivières, du sol, de l’air, réduction des forêts alentour, exploitation des basfonds qui étaient encore récemment utilisés par les paysans), ont interpellé plusieurs fois les directions responsables. Mais le dialogue semble fermé, malgré l’organisation des villageois pour porter collectivement leurs demandes.
C’est pour demander d’ouvrir ce dialogue que les riverains se sont mobilisés en masse ce jour, pour enfin se faire entendre. Comme l’explique Guillaume Nyobe, membre de l’association Synaparcam-Koungue, « l’entreprise doit comprendre que ce n’est qu’en ouvrant un dialogue constructif, avec l’ensemble des représentants légitimes des riverains, que ces conflits pourront être réglés de manière durable ». La Synaparcam (Synergie Nationale des Paysans et Riverains du Cameroun) rassemble aujourd’hui plus de 1000 membres dans 5 plantations différentes.

Une journée de mobilisation internationale La Socapalm et la Safacam sont contrôlées par SOCFIN, un groupe agro-industriel multinational spécialisé dans la culture de palmiers à huile et d’hévéa. SOCFIN est contrôlée par l’homme d’affaire belge Hubert Fabri (50,2% des parts) et par le français Vincent Bolloré (39% des parts). Le groupe dispose de sociétés financières et opérationnelles en Belgique, au Luxembourg et en Suisse qui gèrent des plantations dans une dizaine de pays africains et asiatiques.

Entre 2009 et 2015 les plantations de la société sont passées de 129.658 ha à 185.324ha, soit une augmentation de 30%. La politique d’expansion agressive du groupe a mené à des accaparements de terres dont les impacts sur
les conditions de vie des populations locales ont provoqué de nombreuses réactions des villageois directement affectés ainsi que des ONG internationales.
Ce même jour, ils se mobilisent au Luxembourg, lors de l’assemblée générale des actionnaires du Groupe : « La Socfin prive les riverains de leurs droits et de l’accès à leur terre, privons les actionnaires de l’accès à leur AG » expriment les organisations en solidarité des communautés affectées par les accaparements de terres de la firme agro-industrielle. Les citoyens et les ONG en appellent aux actionnaires du groupe pour faire respecter les droits des communautés et mettre en place des structures de dialogue légitimes.
En même temps, les riverains de Sierra Leone, du Liberia, et du Cambodge, se joignent aux Camerounais pour dénoncer les mêmes abus dans leur pays.

 

Contacts presse :
– Coordination Nationale : Emmanuel Elong (Président) : 674 52 93 87
– Mbongo : Essonga Michel Linge : 650 78 73 21
– Mbambou : Kongolo Antoine : 663 955 168
– Safacam : Guillaume Nyobe : 663 339 820
– Kienké : Pfouma Pierre : 699 96 83 96 / 677 54 04 13

 

Retrouvez le dossier de presse complet ici.