Affaire Lafarge en Syrie

Pour une justice par-delà
les frontières

Pourquoi une action en justice contre Lafarge ?

Sherpa rappelle que jusqu’à ce qu’une éventuelle décision de condamnation soit définitive, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente. À cet égard, une décision susceptible de recours, par exemple un appel ou un pourvoi en cassation, ne constitue pas une décision définitive.

En 2008, la société française Lafarge a racheté pour près de 680 millions d’euros une cimenterie dans le nord de la Syrie. Alors que le conflit syrien s’intensifiait et que des groupes armés prenaient position autour de l’usine, Lafarge a décidé en 2012 d’évacuer les salarié·e·s étranger·e·s, mais a continué à faire tourner la cimenterie grâce à ses salarié·e·s syrien·ne·s.

L’entreprise a négocié avec divers groupes armés, dont l’Etat islamique, et est accusée d’avoir versé jusqu’à 13 millions d’euros afin de faciliter les livraisons, l’achat de matières premières, la vente de son ciment et le passage aux checkpoints des salarié·e·s. Lafarge a poursuivi son activité, jusqu’à l’attaque de l’usine par l’Etat islamique en septembre 2014, et ce malgré les risques pour ses employé·e·s, victimes d’enlèvements et de menaces.

À la suite de révélations dans la presse, Sherpa, le Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits humains (ECCHR) et onze anciens employés syriens de Lafarge ont déposé plainte en novembre 2016 contre Lafarge, sa filiale syrienne et ses dirigeants.

Cette action en justice a notamment permis la mise en examen de la société pour complicité de crimes contre l’humanité, une première mondiale. Cette avancée historique souligne le rôle crucial de la société civile et en particulier des associations pour lutter contre l’impunité des acteurs économiques lorsque des atteintes aux droits humains sont commises à l’étranger.

Chronologie

Les étapes clés de l'affaire

  • 9 juin 2016

    Article dans Le Monde

    L'enquête de Dorothée Myriam Kellou révèle que la cimenterie de Lafarge en Syrie a noué des relations économiques avec l’Etat islamique pour continuer de fonctionner pendant la guerre.

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  • 15 novembre 2016

    Dépôt de plainte

    Sherpa, ECCHR et 11 anciens salariés déposent une plainte avec constitution de partie civile contre Lafarge SA, sa filiale syrienne et ses dirigeants notamment pour complicité de crimes contre l’humanité, financement d’entreprise terroriste, mise en danger délibérée d’autrui, exploitation abusive du travail d’autrui et conditions de travail indignes.

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  • 9 juin 2017

    Ouverture de l’instruction

    Une instruction est ouverte au pôle anti-terroriste du Tribunal de grande instance de Paris.

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  • 22 juin 2017

    Elargissement aux faits de violation d’embargos

    Le Procureur demande que les faits de violation d’embargo, précédemment dénoncés par le ministère de l’économie et des finances, soient joints à l’instruction.

  • 19 février 2018

    Plainte pour entrave à la manifestation de la vérité

    À la suite des difficultés rencontrées par les enquêteurs lors de la perquisition des bureaux de Lafarge, Sherpa dépose plainte pour entrave à la manifestation de la vérité. Deux semaines plus tard, le procureur demande aux juges d’instruction d’enquêter sur ces faits.

  • 30 avril 2018

    Mise en examen de dirigeant·e·s

    Entre décembre 2017 et mars 2018, plusieurs ancien·ne·s dirigeant·e·s de Lafarge SA et de sa filiale syrienne sont mis en examen pour financement d’entreprise terroriste, mise en danger d’autrui et violation d’embargo.

  • 28 juin 2018

    Mise en examen de Lafarge

    La société Lafarge SA est mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité, financement d’entreprise terroriste, mise en danger de la vie d’autrui et violation d’embargo.

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  • 24 octobre 2019

    Irrecevabilité des associations

    La Chambre de l’instruction juge les constitutions de partie civiles de Sherpa et ECCHR irrecevables.

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  • 7 novembre 2019

    Confirmation de la mise en examen de Lafarge

    La Chambre de l’instruction confirme la mise en examen de Lafarge SA pour financement d’entreprise terroriste, mise en danger délibérée de la vie de ses salariés syriens et violation d’un embargo, mais annule la mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité.

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  • 7 septembre 2021

    Décisions de la Cour de cassation

    La Cour de cassation confirme la mise en examen de Lafarge SA pour financement d’entreprise terroriste et annule la décision de la Chambre de l’instruction concernant la mise en examen pour complicité de crimes contre l’humanité et la mise en danger délibérée de la vie des salariés. La Cour renvoie ces deux questions pour réexamen à la Chambre de l’instruction. La Cour confirme l’irrecevabilité de plusieurs constitutions de partie civile, dont celle de Sherpa.

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  • 18 mai 2022

    Confirmation de la mise en examen de Lafarge

    La Chambre de l’instruction statuant sur renvoi après cassation confirme la mise en examen de Lafarge SA pour complicité de crimes contre l’humanité et mise en danger délibérée de la vie de ses salariés syriens. Lafarge se pourvoit à nouveau en cassation.

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  • 1 septembre 2022

    Constitution de partie civile

    Sherpa rejoint de nouveau le dossier après avoir déposé une constitution de partie civile par voie d’intervention.

  • 16 janvier 2024

    Décision de la Cour de cassation

    La Cour de cassation valide la mise en examen de Lafarge pour complicité de crimes contre l’humanité et annule la mise en examen pour mise en danger de la vie d’autrui.

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  • 16 octobre 2024

    Renvoi devant le tribunal correctionnel

    Les juges d’instruction ordonnent le renvoi de la société Lafarge ainsi que de quatre anciens dirigeants devant le tribunal correctionnel pour financement d’une entreprise terroriste et violation d’un embargo. Quatre autres personnes sont également renvoyées pour financement d’une entreprise terroriste.

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Impact

Pourquoi initier des actions en justice ?

Sherpa

Le droit est un outil de pouvoir dans la mondialisation, il innerve les rapports de force et favorise l’impunité des plus puissants. Du fait de leur caractère transnational, ou d’enjeux politiques et économiques, de nombreuses situations de violations échappent à la justice. Saisir les juridictions doit permettre de replacer le débat sur le terrain du droit, de donner la parole aux personnes affectées et ainsi de restituer l’outil juridique aux mouvements sociaux.

Sherpa

Grâce au travail d’ONG et de journalistes, les conséquences néfastes de la globalisation sont de plus en plus documentées et dénoncées. Nos actions judiciaires permettent d’engager un débat contradictoire, d’établir les faits, et d’appliquer les règles de droit à ces situations. Elles visent aussi à apporter des solutions concrètes en faisant cesser des violations, en engageant la responsabilité des acteurs concernés et/ou en permettant aux victimes d’obtenir réparation.

Sherpa

Appuyant notre plaidoyer et associées à notre laboratoire de droit et partage d’expérience, nos actions en justice ont vocation à contribuer à un changement plus large et durable. Elles nourrissent le débat public pour mettre en lumière les limites du cadre juridique et les obstacles auxquels font face les victimes du capitalisme mondialisé. Elles établissent des précédents qui viennent façonner un cadre juridique plus protecteur.

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