Rédigé par 11 h 00 min A la une, Blanchiment, Communiqués de presse

Plainte pour blanchiment et recel aggravés de corruption contre la BNP Paribas, la Société Générale, Natixis, le CIC et Rivage Investment

Paris, le 05 octobre 2020Le 30 septembre 2020, l’association Sherpa et la Daphne Caruana Galizia Foundation ont demandé au parquet national financier d’ouvrir une enquête pour des faits de blanchiment aggravé de corruption, complicité et recel aggravé à l’encontre de quatre banques françaises et d’un fond d’investissement au sujet d’une vaste opération de prêts au bénéfice de la société Electrogas dans le cadre de l’exploitation du marché du gaz maltais. Quelques mois avant la conclusion de ces prêts, la journaliste maltaise, Daphné Caruana Galizia, assassinée en octobre 2017, avait révélé que l’obtention de ce marché aurait été entaché de corruption.

Le 16 octobre 2017, la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia a été assassinée alors qu’elle enquêtait sur un scandale de corruption impliquant des personnalités de premier plan du monde politique et du monde des affaires maltais. A peine deux mois plus tard, des banques françaises, par l’intermédiaire de filiales ou succursales, et une société de gestion de portefeuille ont accordé un prêt à la société Electrogas Malta Limited, pourtant au cœur des révélations de la journaliste assassinée.

Il ressort de l’enquête menée par la police maltaise que le directeur et actionnaire d’Electrogas, Yorgen Fenech, aurait été l’un des commanditaire de l’assassinat de la journaliste. L’assassinat aurait été perpétré en raison des révélations de cette dernière sur de potentiels faits de corruption lors de la privatisation du secteur gazier maltais au bénéfice de la société Electrogas. M. Fenech était alors vraisemblablement l’un des principaux bénéficiaires maltais de cette société. Ce dernier a, en outre, avoué à la police maltaise en juin dernier que le contrat conclu par Electrogas avec la société public Enemalta était entaché de corruption.

La presse maltaise et internationale faisait état de forts soupçons de corruption entourant le marché de privatisation du gaz. Grâce aux Panama Papers, il avait été avancé que Yorgen Fenech aurait créé une société à Dubaï, 17Blacks, par l’intermédiaire de laquelle il aurait versé des pots-de-vin à Keith Schembri, alors directeur de cabinet du premier ministre, et à Konrad Mizzi, ministre de l’énergie au moment des faits, en charge des partenariats public-privé.

Malgré ces soupçons, malgré l’assassinat de Daphne Caruana Galizia, les quatre banques françaises, par l’intermédiaire de filiales ou succursales, ainsi que la société de gestion de portefeuille, ont accordé un prêt à Electrogas Malta Limited en novembre 2017.

Ces intermédiaires financiers sont pourtant soumis à des obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, et se doivent notamment d’identifier les bénéficiaires effectifs des sociétés avec lesquelles ils font affaire. Ils auraient ainsi dû se rendre compte qu’Electrogas était pour le moins mêlée au scandale de corruption révélé par la presse.

Les FinCEN Files ont récemment montré l’aspect systémique de ce genre de pratiques. La fuite de plus de 2 000 documents du service de renseignement financier américain FinCEN (Financial Crime Enforcement Network) a établi que les intermédiaires financiers, et particulièrement les banques, faciliteraient par leurs défaillances les transferts de  fonds issus de la corruption, du blanchiment ou de la criminalité organisée. Dans le cas du prêt à la société Electrogas, de simples recherches sur internet auraient dû permettre aux banques de découvrir que l’activité de cette société était potentiellement issue de la corruption.

Les FinCEN Files, comme l’affaire maltaise, démontrent notamment l’inefficacité des mesures de vigilance mises en place par les banques. Pourquoi les banques maintiennent-elles des opérations pour lesquelles elles devraient avoir de forts soupçons d’illicéité ? Combien de scandales financiers attendrons-nous pour mettre fin à ces pratiques ?

En attendant des mesures fortes obligeant les banques à être effectivement vigilantes et responsables, Sherpa et la Daphne Caruana Galizia Foundation ont décidé d’agir.

Étiquettes : , , Dernière modification: 5 octobre 2020
Fermer