Affaire dite de la « lessiveuse africaine » – Sherpa dépose plainte contre la filiale de BNP Paribas à Monaco

Paris, le 13 novembre 2013

Le 12 novembre 2013, Sherpa a déposé plainte contre la BNP Paribas Wealth Management à Monaco auprès du Procureur de la République de Paris pour les chefs d’accusation suivants : Escroquerie aggravée commise en bande organisée, recel d’escroquerie, recel de fraude fiscale et blanchiment aggravé commis en bande organisée du produit d’infractions pénales.

Une fraude massive au contrôle des changes

Selon un rapport interne de l’Inspection générale de la BNP Paribas daté du 25 octobre 2011, chaque année entre au moins 2008 et 2011, la BNP Paribas Wealth Management à Monaco a reçu et encaissé plusieurs dizaines de milliers de chèques provenant d’au moins quatre pays africains : le Gabon, le Sénégal, le Burkina Faso et Madagascar. Ces chèques, émis par des ressortissants français, étaient détournés à leur insu vers des comptes à Monaco. Plusieurs centaines de millions d’euros sont en jeu. Le but principal de cette manœuvre étant d’échapper au contrôle des changes ainsi qu’au fisc. On ne peut pas exclure que le circuit serve aussi à blanchir de l’argent du crime organisé. Les professionnels parlent de la « lessiveuse africaine ».

Siège BNP Paribas Réunion © Thierry Caro Wikimedia Commons

Siège BNP Paribas Réunion © Thierry Caro Wikimedia Commons

De toute évidence, la BNP Paribas n’a pas vérifié la provenance des chèques. Le 25 mai 2013 sur France Info, son directeur général Jean-Laurent Bonnafé a reconnu des « erreurs » en indiquant qu’ « À Monaco il aurait fallu être plus vigilant »[1]. Cet aveu n’a pas empêché la BNP Paribas d’accroitre ses bénéfices (1,36 milliard d’euros au 3ème trimestre 2013).

François Hollande à Monaco

Depuis le 10 avril 2013, Sherpa a alerté le Procureur de Monaco sur cette affaire à plusieurs reprises. La justice monégasque ne semble vouloir lui conférer aucune importance. Or, la BNP Paribas Wealth Management doit répondre de ses agissements devant la justice. Le préjudice subi par les États africains concernés est important : certains figurent parmi les plus pauvres du monde. Le préjudice porté aux émetteurs français de ces chèques, dont la confiance a été trahie, ne l’est pas davantage. C’est pourquoi Sherpa a porté l’affaire devant la justice française.

Cette affaire est symptomatique de la fuite illicite des capitaux des pays en développement vers les paradis fiscaux, qui s’élèverait entre 600 et 800 milliards d’euros chaque année, et l’échange automatique d’informations fiscales, désormais promu par les États du G20 pour eux-mêmes, ne semble pas devoir concerner les pays les plus pauvres de la planète.

Sherpa attend de François Hollande, à l’occasion de sa visite à Monaco le 14 novembre 2013, qu’il interpelle les autorités monégasques sur leur laxisme en matière de lutte contre le blanchiment et qu’il se prononce en faveur de l’extension de l’échange automatique d’informations fiscales aux pays en développement.

Contact presse:

Jean Merckaert, 06 81 84 30 64, communication@asso-sherpa.org

 
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[1] http://www.franceinfo.fr/economie/patron-chef-d-entreprise/jean-laurent-bonafe-1000661-2013-05-25 (3ème minute)