Prix UNESCO-Obiang : Sherpa appelle l’UNESCO à mettre fin à la polémique en supprimant définitivement le Prix et à collaborer avec la justice française dans le cadre de l’affaire des Biens Mal Acquis

Paris, le 6 Mars 2012 – Alors que les membres du Conseil Exécutif de l’UNESCO doivent se prononcer demain quant au devenir du très controversé Prix International UNESCO-Obiang Nguema Mbasogo pour la Recherche en Sciences de la Vie, Sherpa appellent ces derniers à adopter la seule position possible : l’annulation pure et simple du Prix.

 

Établi par une décision du 29 septembre 2008 du Conseil exécutif de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le prix UNESCO-Obiang a pour but de « récompenser les projets et les activités […] contribuant à améliorer la qualité de la vie des êtres humains »[1].

La mise en œuvre du prix a cependant été différée à plusieurs reprises en raison de la très forte opposition de  nombreuses organisations de la société civile, en France tout comme à l’étranger : il n’est en effet pas pensable qu’une organisation internationale telle que l’UNESCO puisse associer son nom à l’un des régimes les plus fermés et corrompus au monde[2].

Une autre source d’inquiétude résulte des sources de financement du Prix. En effet, contrairement à ce qui est indiqué dans la décision du Conseil Exécutif portant création du Prix UNESCO-Obiang, ce dernier n’aurait pas été financé grâce à une dotation de 3 millions de dollars de la « Fondation OBIANG NGUEMA MBASOGO pour la préservation de la vie » mais par un chèque du Trésor Public Équato-guinéen – ce que confirmera le Ministre de l’Éducation et des Sciences de la Guinée Équatoriale dans un courrier adressé le 9 février 2012 à la présidente du Conseil exécutif.

Pour couper court à la polémique, le gouvernement de Guinée Équatoriale proposa en Novembre dernier de renommer le prix comme suit : Prix International UNESCO-Guinée Équatoriale et a soumis une résolution en ce sens au Conseil Exécutif.

Cependant, dans un avis juridique en date du 2 mars 2012, le bureau juridique de l’UNESCO émet d’importantes réserves quant à la possibilité de procéder purement et simplement à un changement de nom.

Nous appelons les membres du Conseil Exécutif à se ranger du côté de l’avis formulé par le bureau juridique de l’UNESCO et à mettre définitivement fin à la polémique en supprimant le Prix.

Au-delà de l’inquiétude quant au fait que le président ait pu utiliser l’argent des contribuables équato-guinéens dans le but de financer un prix en son nom, de tels agissements pourraient être de nature à caractériser une forme d’abus de confiance. En raison de la connexité entre ces faits et ceux de l’affaire dite des Biens Mal Acquis[3], Sherpa et Transparence International France ont demandé aux magistrats instructeurs d’adresser au parquet de Paris une demande de réquisitoire supplétif, qui leur permettrait d’enquêter sur ces éléments nouveaux.

En conséquence, l’association appelle l’Unesco à collaborer avec les autorités judiciaires comme le prévoit l’Article 26 l’Accord de siège signé avec la France[4].

 

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Sherpa est une organisation de développement qui a pour objet de protéger et de défendre les populations victimes de crimes économiques. Sherpa rassemble des juristes et des avocats convaincus que le droit est un outil précieux pour agir en faveur du développement. https://www.asso-sherpa.org/


[1] Conseil exécutif ; Décision 180 EX/57 CRÉATION DU PRIX INTERNATIONAL UNESCO-OBIANG NGUEMA MBASOGO POUR LA RECHERCHE EN SCIENCES DE LA VIE, 29 septembre 2008

[2] Selon le rapport sur le développement humain de 2011 de l’ONU, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la Guinée équatoriale, qui s’élève à 31 779 US $, est équivalant à celui du Japon et de l’Italie. Pourtant, les mauvaises conditions de vie qui y règnent le placent à la 136e position sur 187 pays dans l’Indice de développement humain, ce qui fait de la Guinée équatoriale le pays qui a le plus grand écart sa richesse et son niveau de développement humain. Le pays est classé par Transparency International parmi les plus corrompus au monde.

[3] L’affaire des Biens Mal Acquis est une information judiciaire ouverte à la suite de l’action associée de Sherpa et Transparence Internationale France qui vise les conditions dans lesquelles un certain nombre de familles dirigeantes Africaines, dont celles de Guinée Équatoriale ont pu acquérir sur le sol français un patrimoine mobilier et immobilier considérable.

[4] Article 26 – « L’Organisation coopérera constamment avec les autorités françaises compétentes en vue de faciliter la bonne administration de la justice, d’assurer l’exécution des règlements de police et d’éviter tout abus auquel pourraient donner lieu les immunités et facilités prévues dans le présent Accord. »