Rédigé par 7 h 00 min Blanchiment, Communiqués de presse, Corruption et détournements

Le PDG du géant minier Rio Tinto, société déjà pointée du doigt en France pour des faits de corruption, démissionne après la destruction d’un site aborigène préhistorique en Australie

Paris, le 11 septembre 2020 – Le 11 septembre 2020, le PDG du géant minier Rio Tinto, le français Jean-Sébastien Jacques, a démissionné en raison du scandale du dynamitage d’un site aborigène en Australie entrainant la destruction de grottes préhistoriques d’un intérêt archéologique et patrimonial majeur en mai dernier.

Pour rappel, le 28 juillet 2020 l’association Sherpa a porté plainte pour corruption, trafic d’influence et blanchiment d’argent afin de faire toute la lumière sur les activités en Guinée de François de Combret, ancien haut fonctionnaire français, ex-associé gérant de la banque Lazard et proche du président guinéen Alpha Condé, dans le cadre d’un permis de concession minière impliquant l’entreprise anglo-australienne Rio Tinto.

Comme l’a révélé Mediapart en 2016, François de Combret, proche du président guinéen Alpha Condé, aurait monnayé en 2011 son influence au profit du géant minier anglo-australien Rio Tinto. Contre près de 10,5 millions de dollars versés par les dirigeants de l’entreprise, cet ancien haut fonctionnaire français aurait permis d’obtenir le renouvellement de la concession du géant minier sur le gisement de la montagne Simandou, considérée comme la plus importante réserve de fer au monde. Le Serious Fraud Office britannique a ouvert une enquête sur cette transaction douteuse en 2017. 

La démission intervient après la destruction à l’explosif de la grotte de Juukan Gorge par le groupe minier lors de travaux pour agrandir une mine de fer, dans la région reculée de Pilbara en Australie occidentale. Cette catastrophe, qui avait provoqué la colère des populations autochtones ainsi que des actionnaires, illustre la dangerosité de l’opacité des pratiques dans le secteur de l’industrie extractive, tant sur le plan de l’intégrité de l’activité économique que sur le plan environnemental.

Source de richesse incalculable, les industries extractives sont aussi souvent à l’origine de dégâts environnementaux durables et des bouleversements sociaux dans les régions où elles s’implantent.

S’y ajoutent des enjeux de fiscalité et de d’opacité financière, qui souligne l’urgence de responsabiliser les intermédiaires financiers (banques, cabinets de conseil et d’audit, avocats, experts-comptables).

Enfin, les transactions illicites entachées de corruption contribuent à nuire aux intérêts des populations locales qui ne verront jamais le bénéfice des ressources de leur pays en termes de santé, d’éducation, de développement et de transition écologique. Ces transactions ne permettent pas d’enrayer la « malédiction des ressources » dont souffrent de nombreux États, sur fond de surexploitation des ressources et d’ingénierie financière toujours plus sophistiquée.

Étiquettes : , Dernière modification: 15 septembre 2020
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