Affaire Areva au Niger et au Gabon

Pour une justice par-delà
les frontières

Pourquoi une action contre Areva ?

Sherpa rappelle que jusqu’à ce qu’une éventuelle décision de condamnation soit définitive, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente. À cet égard, une décision susceptible de recours, par exemple un appel ou un pourvoi en cassation, ne constitue pas une décision définitive.

Pendant plusieurs décennies, le géant du nucléaire français Areva (désormais dénommé Orano) a été implanté au Gabon et au Niger, deux pays disposant d’importantes ressources en uranium. L’entreprise y a exploité le site de Mounana au Gabon de 1958 à 1999, par l’intermédiaire de la Compagnie des mines d’uranium de Franceville (COMUF), et le site d’Arlit au Niger à partir de 1968, par l’intermédiaire des sociétés SOMAIR et COMINAK. Dès 2003, d’anciens salarié·e·s et des habitant·e·s nigérien·ne·s et gabonais·es ont alerté Sherpa sur la dégradation de l’état de santé des populations et la multiplication de pathologies graves susceptibles d’être liées à l’exposition aux rayonnements ionisants.  

Sherpa, la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) et Médecins du Monde ont alors mené plusieurs missions sur place et publié deux rapports d’enquête. Ils y ont documenté l’absence d’information à destination des travailleur·se·s sur les risques radioactifs, l’insuffisance des équipements de protection et des suivis médicaux, ainsi que la réutilisation de matériaux contaminés pour la construction d’habitations et de bâtiments publics. Les enquêtes ont également mis en lumière une inégalité de traitement manifeste entre les sites africains et les sites français, ainsi qu’un maintien délibéré des salarié·e·s et des populations dans l’ignorance, facilité par l’opacité des dispositifs de radioprotection. 

En 2009, deux protocoles d’accord inédits visant à régler la situation des travailleur·se·s, ont été conclus entre Sherpa, Médecins du Monde et Areva. Ces accords prévoyaient la création d’un groupe d’observation de la santé et d’observatoires locaux au Niger et au Gabon, chargés de suivre l’état de santé des ancien·ne·s mineur·se·s et des communautés riveraines, ainsi qu’un mécanisme d’indemnisation des travailleur·se·s atteint·e·s de maladies liées aux rayonnements. Si ces dispositifs ont permis le suivi médical de centaines de travailleur·se·s africain·e·s, et d’alerter sur les enjeux environnementaux de l’exploitation des sites, le processus d’indemnisation s’est révélé extrêmement défaillant. 

Face à l’absence de réparation pour les victimes et au manque d’engagement effectif du groupe, Sherpa a dénoncé les accords et annoncé son retrait en 2012. Cette affaire illustre les limites profondes des mécanismes volontaires et contractuels, dès lors que les multinationales conservent la maîtrise de la gouvernance des dispositifs mis en place. 

Chronologie

Les étapes clés de l'affaire

  • 1 janvier 2003

    Alerte par la société civile nigérienne

    Sherpa et la CRIIRAD ont été alertées par la société civile nigérienne sur l’incidence de l’extraction d’uranium par Areva sur les populations locales. À la suite de cette alerte, une mission exploratoire de Sherpa et ses partenaires a été menée sur place.

  • 25 avril 2005

    Rapport sur Areva au Niger

    Publication du rapport final de l’enquête menée au Niger par Sherpa, en collaboration avec la CRIIRAD et l’ONG nigérienne Aghirin’man.

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  • 1 janvier 2005

    Alerte par la société civile gabonaise

    Alerte de l’association gabonaise Mounana concernant des problèmes similaires à ceux observés au Niger.

  • 4 avril 2007

    Rapport sur Areva au Gabon

    Publication du second rapport d’enquête concernant la situation au Gabon par Sherpa en collaboration avec la CRIIRAD, Médecins du Monde, le Collectif gabonais des anciens travailleurs de la COMUF (CATRAM) et Mounana

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  • 19 juin 2009

    Conclusion des accords entre Areva, Sherpa et Médecins du Monde

    Deux protocoles d’accord sont conclus entre Areva, Sherpa et Médecins du Monde afin de répondre à la situation des travailleur·se·s. Ces accords poursuivent deux objectifs : réparer et prévenir.

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  • 1 octobre 2010

    Lancement de l’OSM au Gabon

    L’Observatoire de la santé de Mounana (OSM) au Gabon est créé avec pour objectif d’étudier l’impact sanitaire des activités minières sur les travailleur·se·s et les populations riveraines.

  • 6 décembre 2011

    Lancement de l’OSRA au Niger

    L’Observatoire de la santé de la région d’Agadez (OSRA) au Niger est créé avec pour objectif d’assurer le suivi médical des salarié·e·s d’Areva et de ses sous-traitants, ainsi que des populations vivant autour des sites miniers.

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  • 18 décembre 2012

    Dénonciation des accords

    Face au manque d’engagement effectif du groupe, Sherpa annonce son retrait des accords conclus avec Areva.

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  • 16 octobre 2013

    Renégociation attendue par la société civile d’Arlit

    Sherpa soutient la société civile nigérienne pour la renégociation de la convention d’exploitation d’uranium entre le Niger et le groupe Areva.

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Impact

Pourquoi initier des actions en justice ?

Sherpa

Le droit est un outil de pouvoir dans la mondialisation, il innerve les rapports de force et favorise l’impunité des plus puissants. Du fait de leur caractère transnational, ou d’enjeux politiques et économiques, de nombreuses situations de violations échappent à la justice. Saisir les juridictions doit permettre de replacer le débat sur le terrain du droit, de donner la parole aux personnes affectées et ainsi de restituer l’outil juridique aux mouvements sociaux.

Sherpa

Grâce au travail d’ONG et de journalistes, les conséquences néfastes de la globalisation sont de plus en plus documentées et dénoncées. Nos actions judiciaires permettent d’engager un débat contradictoire, d’établir les faits, et d’appliquer les règles de droit à ces situations. Elles visent aussi à apporter des solutions concrètes en faisant cesser des violations, en engageant la responsabilité des acteurs concernés et/ou en permettant aux victimes d’obtenir réparation.

Sherpa

Appuyant notre plaidoyer et associées à notre laboratoire de droit et partage d’expérience, nos actions en justice ont vocation à contribuer à un changement plus large et durable. Elles nourrissent le débat public pour mettre en lumière les limites du cadre juridique et les obstacles auxquels font face les victimes du capitalisme mondialisé. Elles établissent des précédents qui viennent façonner un cadre juridique plus protecteur.

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