Affaire Comilog en République du Congo

Pour une justice par-delà
les frontières

Pourquoi une action en justice contre la société Comilog ?

Sherpa rappelle que jusqu’à ce qu’une éventuelle décision de condamnation soit définitive, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente. À cet égard, une décision susceptible de recours, par exemple un appel ou un pourvoi en cassation, ne constitue pas une décision définitive.

Cette action a fait suite à un grave accident ayant eu lieu en 1991 sur la voie ferrée reliant la mine de manganèse de Moanda, au Gabon, au port de Pointe Noire, en République du Congo. La Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), qui exploitait la mine, a décidé de suspendre le transport de minerais sur la ligne et a licencié 955 salarié·e·s sans préavis, ni indemnités. Certain·e·s ont saisi les juridictions congolaises, mais la procédure s’est enlisée sans qu’aucune décision ne soit rendue.

En 2007, avec le soutien de Sherpa et du Collectif des anciens travailleurs de la Comilog, 857 ancien·ne·s salarié·e·s ont assigné la société Comilog et les sociétés françaises du groupe devant le conseil de prud’hommes de Paris.

Pour reconnaître la compétence des juridictions françaises, l’action s’appuyait sur plusieurs fondements. Selon les requérant·e·s, les sociétés françaises du groupe devaient être considérées comme des co-employeurs, et la compétence des juridictions françaises devait s’étendre donc à Comilog en tant que codéfendeur. Par ailleurs, cette compétence était nécessaire pour éviter un déni de justice, au titre du forum de nécessité.

Après un marathon judiciaire qui aura duré plus de dix ans, les juridictions françaises se sont déclarées incompétentes pour statuer sur cette affaire. Elles ont, à cette occasion, retenu une interprétation restrictive de la notion de co-emploi et du forum de nécessité.

Ce dossier illustre la nécessité de garantir l’accès à la justice pour les victimes d’atteintes aux droits humains et à l’environnement, en garantissant la compétence des tribunaux français et en facilitant les recours collectifs.

Chronologie

Les étapes clés de l'affaire

  • 9 novembre 2007

    Assignation en justice

    857 ancien·ne·s salarié·e·s de la société Comilog assignent les sociétés Comilog, Comilog France, Comilog International et Comilog Holding devant le conseil de prud’hommes de Paris pour rupture abusive des contrats de travail.

  • 28 octobre 2009

    Décision du bureau de conciliation

    Le bureau de conciliation du conseil de prud’hommes de Paris rejette les demandes provisoires des requérant·e·s. Cette décision est confirmée en appel le 30 septembre 2010.

  • 26 janvier 2011

    Jugement d’incompétence du conseil de prud’hommes de Paris

    Le conseil de prud’hommes de Paris se déclare territorialement incompétent.

  • 11 avril 2013

    Audience d’appel devant la cour d’appel de Paris

    Les ancien·ne·s salarié·e·s de la société Comilog font appel du jugement du conseil de prud’hommes de Paris.

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  • 20 juin 2013

    Arrêt de la cour d’appel de Paris

    La cour d’appel de Paris reconnait la compétence des juridictions françaises pour statuer sur les demandes dirigées contre les sociétés Comilog France et Comilog International, leur ordonne de communiquer les documents sollicités par les requérant·e·s, et sursoit à statuer concernant sa compétence à l’égard de Comilog.

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  • 28 janvier 2015

    Arrêt de rejet de la Cour de cassation

    La Cour de cassation rejette le pourvoi des sociétés Comilog France et Comilog International contre l’arrêt du 20 juin 2013.

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  • 10 septembre 2015

    Arrêt de la cour d’appel de Paris

    Sur le fondement du déni de justice, la cour d’appel de Paris condamne Comilog à indemniser les ancien·e·s salarié·e·s qui avaient saisi le Tribunal du Travail de Pointe Noire au Congo en 1992. En revanche, elle rejette sa compétence concernant les salarié·e·s qui n’avaient pas préalablement saisi les juridictions congolaises.

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  • 14 septembre 2017

    Arrêt de la Cour de cassation

    La Cour de cassation casse l’arrêt de la cour d’appel de Paris, retenant une interprétation restrictive du déni de justice.

  • 28 mars 2019

    Arrêt de la cour d’appel de Paris

    La cour d’appel de Paris prend acte de l’arrêt de la Cour de cassation et se déclare incompétente, considérant que les conditions du déni de justice ne sont pas remplies.

Impact

Pourquoi initier des actions en justice ?

Sherpa

Le droit est un outil de pouvoir dans la mondialisation, il innerve les rapports de force et favorise l’impunité des plus puissants. Du fait de leur caractère transnational, ou d’enjeux politiques et économiques, de nombreuses situations de violations échappent à la justice. Saisir les juridictions doit permettre de replacer le débat sur le terrain du droit, de donner la parole aux personnes affectées et ainsi de restituer l’outil juridique aux mouvements sociaux.

Sherpa

Grâce au travail d’ONG et de journalistes, les conséquences néfastes de la globalisation sont de plus en plus documentées et dénoncées. Nos actions judiciaires permettent d’engager un débat contradictoire, d’établir les faits, et d’appliquer les règles de droit à ces situations. Elles visent aussi à apporter des solutions concrètes en faisant cesser des violations, en engageant la responsabilité des acteurs concernés et/ou en permettant aux victimes d’obtenir réparation.

Sherpa

Appuyant notre plaidoyer et associées à notre laboratoire de droit et partage d’expérience, nos actions en justice ont vocation à contribuer à un changement plus large et durable. Elles nourrissent le débat public pour mettre en lumière les limites du cadre juridique et les obstacles auxquels font face les victimes du capitalisme mondialisé. Elles établissent des précédents qui viennent façonner un cadre juridique plus protecteur.

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