Affaire des biens mal acquis équato-guinéens – Famille Obiang

Pour une justice par-delà
les frontières

Pourquoi les biens mal acquis en Guinée équatoriale ?

Sherpa rappelle que jusqu’à ce qu’une éventuelle décision de condamnation soit définitive, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente. À cet égard, une décision frappée d’un recours, par exemple un appel ou un pourvoi en cassation, ne constitue pas une décision définitive.

Depuis 1979, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo dirige la Guinée équatoriale sous un régime autoritaire. Son pouvoir s’est consolidé autour d’un système de prédation des ressources naturelles du pays, au profit de son entourage familial et politique. Bien que la Guinée équatoriale soit l’un des plus importants producteurs de pétrole d’Afrique subsaharienne, elle se classait au 145e rang sur 189 selon l’Indice de développement humain (IDH) en 2021. Ce paradoxe illustre une gouvernance profondément inégalitaire et marquée par la corruption.

En 2007, à la suite des travaux de recherche du CCFD-Terre Solidaire et une première plainte classée sans suite, Sherpa, relayée ensuite par Transparency International France, dépose une plainte visant plusieurs chefs d’État africains, dont les présidents du Gabon, du Congo-Brazzaville et de la Guinée équatoriale, ainsi que des membres de leur entourage. Cette action judiciaire, d’abord classée sans suite, sera relancée en 2011 avec le dépôt d’une nouvelle plainte avec constitution de partie civile. Elle marque le début de l’affaire dite des « biens mal acquis », l’une des premières de ce type en France.

La justice française condamne Teodoro Nguema Obiang Mangue, dit Teodorin, fils du président équato-guinéen et vice-président du pays, à trois ans de prison avec sursis, à 30 millions d’euros d’amende et à la confiscation de ses biens situés en France. Cette décision a été confirmée par la Cour de cassation en 2021. Les biens saisis incluent un hôtel particulier avenue Foch à Paris, plusieurs véhicules de luxe et des œuvres d’art.

Malgré cette décision historique, beaucoup reste encore à faire  et des défis subsistent. Des personnes mises en cause dans la plainte initiale n’ont toujours pas été poursuivies. Le rôle des intermédiaires – banquiers, avocats, sociétés-écrans – qui ont facilité les opérations de blanchiment reste largement impuni. La restitution des avoirs confisqués aux populations spoliées constitue un enjeu fondamental de justice, tant sur le plan symbolique que concret.

Sherpa poursuit son engagement pour que la justice soit rendue, que les responsabilités soient établies à tous les niveaux, et que les fonds détournés bénéficient enfin aux populations à qui ils appartiennent légitimement.

Chronologie

Les étapes clés de l'affaire

  • 1 mars 2007

    Publication du rapport du CCFD-Terre Solidaire

    Publication du rapport "Biens mal acquis… profitent trop souvent" du CCFD-Terre Solidaire dans lequel est recensé le patrimoine détenu par 23 dictateurs et anciens dictateurs dans les pays occidentaux, dont la famille du dictateur de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo.

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  • 1 mai 2007

    Dépôt de plainte

    Sherpa, Survie et la Fédération des Congolais de la Diaspora déposent une plainte auprès du Parquet de Paris contre 5 chefs d’États africains pour détournement de fonds publics. Cette plainte sera classée sans suite le 12 novembre 2007.

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  • 2 décembre 2008

    Dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile

    Avec le soutien juridique de Sherpa, une plainte avec constitution de partie civile est déposée par Transparency International France et un ressortissant gabonais devant le juge d’instruction de Paris, mettant en cause 3 chefs d’États étrangers, dont Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et certaines personnes de son entourage.

  • 1 janvier 2009

    Procédures sur la recevabilité de la plainte

    Le Parquet de Paris fait appel à la suite de l’ordonnance admettant Transparency International France en tant que partie civile.

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  • 9 novembre 2010

    Recevabilité déclarée et ouverture d’information judiciaire

    La plainte est déclarée recevable par la Cour de cassation, permettant la désignation d’un juge d’instruction et l’ouverture d’une information judiciaire.

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  • 6 mars 2011

    Signalements TRACFIN

    Des signalements sont émis par le service de Traitement du Renseignement et Action contre les Circuits Financiers clandestins (TRACFIN), qui détient diverses communications en rapport avec l’affaire des biens mal acquis.

  • 7 octobre 2011

    Dépôt de plainte

    Une deuxième plainte avec constitution de partie civile est déposée par Transparency International France.

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  • 13 octobre 2011

    Nomination de Teodorin Nguema Obiang à l’UNESCO

    Teodorin Nguema Obiang est nommé Délégué Permanent adjoint de la Guinée Équatoriale auprès de l'UNESCO, décision qui lui confère une immunité pénale. Sherpa et ses partenaires adressèrent une série de courriers à l’UNESCO et au gouvernement français.

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  • 29 avril 2012

    Mandat d’arrêt international émis par la France

    Les juges d’instruction demandent un mandat d’arrêt international contre Teodorin Nguema Obiang.

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  • 13 juillet 2012

    Mandat d’arrêt diffusé en France

    Un mandat d’arrêt est délivré à l’encontre de Teodorin Nguema Obiang à la suite au refus de ce dernier de répondre aux convocations des magistrats instructeurs en vue de sa mise en examen.

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  • 19 juillet 2012

    Saisie pénale immobilière

    Les magistrats instructeurs ordonnèrent la saisie de la résidence située 42 avenue Foch. En réaction, le gouvernement Equato-guinéen décida de suspendre le drapeau de la Guinée Equatoriale sur la façade de la résidence, d’apposer une plaque diplomatique sur la grille et d’y transférer une partie de son personnel.

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  • 26 septembre 2012

    Saisine de la Cour Internationale de Justice par les autorités équato-guinéennes

    Les autorités équato-guinéennes annoncent avoir saisi la Cour Internationale de Justice afin de faire reconnaître « l’ingérence » de l’État français dans les affaires équato-guinéennes et d’obliger la France à stopper la procédure dite des biens mal acquis.

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  • 13 juin 2013

    Décision de la Cour d’appel

    La Cour d’appel de Paris valide le mandat d’arrêt international contre Teodoro Nguema Obiang.

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  • 15 décembre 2015

    Arrêt de la Cour de cassation

    La Cour de cassation rejette l’immunité d’Obiang.

  • 23 mai 2016

    Demande de l’ouverture d’un procès contre Obiang

    Le procureur de la République demande l’ouverture d’un procès contre Teodorin Nguema Obiang devant le tribunal correctionnel de Paris.

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  • 13 juin 2016

    Introduction d’instance devant la Cour Internationale de Justice

    La Guinée Equatoriale saisit la Cour Internationale de Justice dans l’espoir de faire reconnaître l’immunité pénale de Teodorin Nguema Obiang et le statut diplomatique de l’immeuble avenue Foch à Paris.

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  • 5 septembre 2016

    Renvoi devant le tribunal correctionnel

    Teodorin Nguema Obiang est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour infractions de blanchiment, de détournements de fonds publics, d’abus de biens sociaux, d’abus de confiance et de corruption.

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  • 7 décembre 2016

    La Cour Internationale de Justice se déclare incompétente

    La Cour Internationale de Justice se déclare incompétente pour reconnaitre l’immunité de Teodorin Nguema Obiang face aux procédures françaises : plus rien ne s’oppose donc à ce qu’il soit jugé devant le tribunal correctionnel de Paris.

  • 14 juillet 2017

    Ouverture du procès

    Après 10 ans de procédure, l’affaire dite des biens mal acquis voit s’ouvrir un premier procès. Pour la première fois, un haut dignitaire sera jugé pour ce type d’infractions.

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  • 27 octobre 2017

    Condamnation de Teodorin Nguema Obiang

    Le tribunal de grande instance de Paris condamne Teodorin Nguema Obiang à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende pour blanchiment, abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance et corruption.

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  • 10 février 2020

    Décision de la Cour d’appel

    La Cour d’appel de Paris confirme la condamnation de Teodorin Nguema Obiang à trois ans de prison avec sursis et la confiscation de l’ensemble de ses biens sur le territoire français, d’une valeur estimée à 150 millions d’euros.

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  • 1 décembre 2020

    Décision de la Cour Internationale de Justice

    La Cour Internationale de Justice ne conteste pas la saisie de l’immeuble avenue Foch à Paris, considérant que l’immeuble n’avait jamais acquis le statut de « locaux de la mission ».

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  • 28 juillet 2021

    Teodorin Nguema Obiang définitivement condamné

    La Cour de cassation rejette le pourvoi de Teodorin Nguema Obiang, ainsi condamné définitivement.

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  • 10 novembre 2023

    Prévision de restitution des biens acquis dans le budget de la France

    Le budget de l’État français prévoit des crédits dans son budget pour la restitution des biens aux populations spoliées dans les affaires de biens mal acquis.

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  • 28 novembre 2024

    Attente d’un accord pour la restitution

    Les autorités françaises doivent parvenir à un accord avec les autorités équato-guinéennes pour la restitution des biens aux population spoliées à travers des ONG ou associations. En attendant, la somme est bloquée en France.

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Impact

Pourquoi initier des actions en justice ?

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Le droit est un outil de pouvoir dans la mondialisation, il innerve les rapports de force et favorise l’impunité des plus puissants. Du fait de leur caractère transnational, ou d’enjeux politiques et économiques, de nombreuses situations de violations échappent à la justice. Saisir les juridictions doit permettre de replacer le débat sur le terrain du droit, de donner la parole aux personnes affectées et ainsi de restituer l’outil juridique aux mouvements sociaux.

Sherpa

Grâce au travail d’ONG et de journalistes, les conséquences néfastes de la globalisation sont de plus en plus documentées et dénoncées. Nos actions judiciaires permettent d’engager un débat contradictoire, d’établir les faits, et d’appliquer les règles de droit à ces situations. Elles visent aussi à apporter des solutions concrètes en faisant cesser des violations, en engageant la responsabilité des acteurs concernés et/ou en permettant aux victimes d’obtenir réparation.

Sherpa

Appuyant notre plaidoyer et associées à notre laboratoire de droit et partage d’expérience, nos actions en justice ont vocation à contribuer à un changement plus large et durable. Elles nourrissent le débat public pour mettre en lumière les limites du cadre juridique et les obstacles auxquels font face les victimes du capitalisme mondialisé. Elles établissent des précédents qui viennent façonner un cadre juridique plus protecteur.

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